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Une chronique de Victorien Dufresne

Cosmétiques naturels : les points clés et la prochaine étape

« D’origine naturelle » ne signifie ni « biologique », ni « sans transformation », ni même « mieux adapté à votre peau ». Sur un emballage, ces mots rassurent vite.

Victorien Dufresne, Artisan formulateur et critique de la cosmétique durable·Mis à jour : 23 septembre 2026·10 min de lecture

Cosmétiques naturels : les points clés et la prochaine étape

Cosmétiques naturels: les points clés et la prochaine étape

Ils ne disent pourtant pas, à eux seuls, ce que contient réellement le produit.

Pour choisir des cosmétiques naturels sans confondre une promesse avec une garantie, il faut distinguer deux repères souvent rapprochés: le référentiel COSMOS et la norme ISO 16128. L’un encadre une certification; l’autre fournit des règles de calcul de l’origine des ingrédients. Ce n’est pas la même fonction — et cette différence change la lecture de l’étiquette.

COSMOS et ISO 16128: deux outils, deux usages

Le mot « naturel » n’a pas le pouvoir de rendre une formule transparente. Pour comprendre l’envers du décor, nous devons regarder comment l’allégation est étayée: par une certification avec un cahier des charges, ou par une méthode de calcul appliquée aux ingrédients.

COSMOS est un référentiel de certification élaboré par cinq organismes experts, dont Ecocert. Créé en 2011, il encadre des exigences portant sur les ingrédients et les procédés autorisés, ainsi que sur la manière de présenter les produits certifiés. À la fin de 2020, plus de 20 000 produits étaient certifiés selon ce référentiel. Ce chiffre indique que le cadre est largement utilisé; il ne signifie pas que toutes les formules se ressemblent ou qu’elles conviendront à toutes les peaux.

ISO 16128 joue un autre rôle. Elle définit des catégories et des règles de calcul liées à l’origine naturelle des ingrédients. Selon cette norme, un ingrédient peut être qualifié de « dérivé naturel » dès lors qu’il contient plus de 50 % de matières premières d’origine naturelle. C’est une définition de calcul, pas une certification biologique et pas une liste d’interdictions.

RepèreCe qu’il apporteCe qu’il ne garantit pas à lui seul
COSMOSUn référentiel de certification avec des exigences communes et un contrôle associé au label affichéQue le produit sera efficace ou adapté à chaque personne
ISO 16128Une méthode pour classer et calculer l’origine naturelle des ingrédientsQue le produit est certifié bio ou que tous ses ingrédients sont biologiques

Concrètement, voir une référence à ISO 16128 ne revient pas à voir un logo de certification. Et un ingrédient « dérivé naturel » n’est pas automatiquement biologique: l’origine naturelle et le mode de production agricole sont deux questions différentes. Si un emballage juxtapose ces termes, prenons le temps de vérifier ce que chacun décrit.

« Naturel » renseigne sur une origine revendiquée; un label renseigne sur un cahier des charges. Ce ne sont pas des synonymes.

Ce que COSMOS dit — et ce qu’il ne dit pas

Un label certifié est utile parce qu’il remplace une promesse vague par des critères définis. Mais le logo n’abolit pas la nécessité de lire l’étiquette. COSMOS comporte plusieurs catégories, et la formulation précise du produit compte: une certification ne signifie pas que chaque matière première est issue de l’agriculture biologique.

Dans de nombreux cosmétiques finis certifiés bio selon des standards comme COSMOS, la proportion minimale d’ingrédients biologiques rapportée au produit total est d’environ 20 %. Ce repère peut surprendre. On imagine parfois que « certifié bio » signifie que presque tout le flacon, en poids, est biologique. Or l’eau, les minéraux et certains ingrédients ne peuvent pas être comptabilisés comme des ingrédients agricoles biologiques de la même façon que des huiles végétales. Le pourcentage dépend donc aussi de la composition et de la méthode de calcul.

C’est là que l’INCI devient intéressant. Cette nomenclature liste les ingrédients, mais elle ne remplace pas le référentiel de certification. Elle aide à repérer les composants et leur ordre de présence, sans raconter à elle seule l’histoire complète de leur origine, de leur transformation ou de leur fonction dans la formule. Un nom technique n’est pas automatiquement suspect; un nom végétal n’est pas une garantie de douceur.

Pour lire une étiquette sans se laisser guider par le seul décor, je conseille de procéder dans cet ordre:

1. Repérer le logo et son nom exact. Une feuille stylisée ou une couleur verte ne constitue pas une certification. Cherchez la mention du référentiel, comme COSMOS, et la catégorie affichée.

2. Séparer les allégations. « Naturel », « bio », « d’origine naturelle » et « certifié » ne portent pas le même sens. Une formule peut contenir des ingrédients d’origine naturelle sans être certifiée biologique.

3. Lire l’INCI avec une question concrète. Cherchez les ingrédients qui comptent pour votre usage: un parfum si votre peau y réagit, une huile ou un tensioactif dans un produit lavant, par exemple.

4. Relier la formule à la fonction. Un shampoing solide, un baume à lèvres et un déodorant n’ont pas le même cahier des charges. La naturalité affichée ne dit pas si le produit remplira correctement son rôle.

Le piège courant consiste à chercher une formule « pure » au lieu d’une formule cohérente. Un produit cosmétique reste une formulation: des matières premières sont choisies, transformées et assemblées pour obtenir une texture, une stabilité et un usage précis. La question utile n’est pas de savoir si un ingrédient a subi une transformation — beaucoup en subissent — mais de comprendre ce que le cadre revendiqué garantit et si le produit répond à votre besoin.

ISO 16128: un pourcentage n’est pas un label

La norme ISO 16128 est souvent mobilisée pour afficher une part d’ingrédients d’origine naturelle. Elle rend possible une méthode de calcul commune, ce qui peut éclairer une composition. Mais son rôle est plus limité que ce que suggère parfois la mise en page d’un emballage.

Le seuil associé à la notion d’ingrédient « dérivé naturel » est supérieur à 50 % de matières premières d’origine naturelle. Il s’agit d’une règle de classement. La norme ne certifie pas le produit comme biologique et ne fixe pas, à elle seule, une liste d’ingrédients interdits. Présenter ce calcul comme une preuve générale de pureté serait donc lui faire dire plus qu’elle ne dit.

Cette distinction est essentielle pour éviter trois raccourcis:

  • « Dérivé naturel » ne veut pas dire « issu intégralement de la nature ». Le terme laisse place à une transformation et à une proportion d’origine non naturelle.
  • Un pourcentage élevé d’origine naturelle ne prouve pas une certification bio. La méthode de calcul et le cahier des charges biologique répondent à des questions différentes.
  • Un ingrédient naturel n’est pas automatiquement doux ou adapté. La tolérance dépend de la substance, de sa concentration, du type de produit et de la sensibilité de la personne.

Dans mon travail de formulateur, je me méfie des chiffres mis en avant sans contexte. Un pourcentage peut être parfaitement exact et rester peu informatif si l’on ignore ce qu’il compte. Est-il calculé sur les ingrédients, sur le produit fini, ou selon une règle propre à un référentiel? Sans cette précision, le chiffre fait surtout bien sur l’étiquette.

L’approche la plus solide est donc de croiser les informations: le référentiel annoncé, la liste INCI et la fonction du produit. Il n’est pas nécessaire de devenir chimiste pour cela. Il faut simplement refuser qu’un seul mot ou un seul pourcentage fasse tout le travail à notre place.

Effet rebond: une transition n’est pas toujours immédiate

Changer de routine peut s’accompagner d’une période d’ajustement. La peau peut présenter davantage d’imperfections ou une variation de sébum après le remplacement de certains produits. On parle parfois d’« effet rebond » ou de purge cutanée. Ce phénomène est décrit, mais il ne touche pas systématiquement tout le monde et sa durée varie selon les personnes, leur peau et leurs habitudes antérieures.

Il faut aussi garder la tête froide: toute réaction après un changement n’est pas automatiquement une purge. Une irritation, une réaction à un ingrédient ou un produit mal adapté ne deviennent pas acceptables parce qu’on les rebaptise « transition ». L’étiquette naturelle ne protège pas mécaniquement des sensibilités. Les huiles essentielles, les parfums ou d’autres composants peuvent ne pas convenir à certaines personnes, même dans une formule certifiée.

Concrètement, nous avons besoin d’observer, pas de forcer. Si un produit provoque une réaction marquée ou persistante, continuer au nom d’une supposée phase d’adaptation n’a rien de pédagogique. Il vaut mieux interrompre l’usage et demander conseil à un professionnel de santé en cas de doute important.

À l’inverse, quelques changements cutanés modérés ne permettent pas non plus de conclure immédiatement que le produit est mauvais. Le contexte compte: qu’a-t-on remplacé, par quoi, et en même temps que quels autres soins? Lorsque toute la routine change en une journée, il devient difficile d’identifier le facteur en cause. C’est une expérience mal contrôlée, même si elle se déroule dans une salle de bain plutôt que dans un laboratoire.

Si plusieurs produits changent en même temps, nous ne savons plus lequel a aidé — ni lequel a posé problème.

La prochaine étape: remplacer un soin à la fois

La transition la plus lisible consiste à remplacer les produits un par un. C’est moins spectaculaire qu’un grand tri de salle de bain, mais beaucoup plus utile pour comprendre ce qui convient à votre peau et à vos cheveux.

Commencez par le produit que vous souhaitez réellement changer. Si votre shampoing solide poisse les cheveux, par exemple, le problème n’est pas résolu par le seul fait qu’il soit naturel ou certifié. Il faut regarder sa formule, son mode d’emploi et son adéquation avec votre chevelure. Dans le cas d’un savon saponifié à froid, il faut aussi éviter de confondre savon et shampoing: leurs compositions et leurs usages ne sont pas interchangeables simplement parce qu’ils sont solides.

Pour un baume à lèvres, la question peut porter sur la texture, la sensation ou les ingrédients parfumants. Pour un déodorant, sur le confort et la tolérance. Pour un dentifrice en poudre, sur l’usage quotidien et la compatibilité avec vos habitudes. Chaque famille de produits appelle des critères concrets; « naturel » ne résume pas tout cela.

Une transition progressive permet de faire des observations simples:

  • Gardez le reste de la routine stable pendant que vous introduisez un nouveau produit.
  • Notez ce que vous cherchez à améliorer: texture, inconfort, praticité ou composition.
  • Laissez le temps d’évaluer l’usage, sans interpréter chaque variation comme une preuve définitive.
  • Si le produit ne convient pas, revenez à une option tolérée et examinez la formule plutôt que de conclure que toute la cosmétique naturelle est en cause.

Cette méthode évite aussi l’achat compulsif de remplaçants. Un placard rempli de produits neufs n’est pas une routine plus durable. Le bilan environnemental ne se réduit pas à l’origine d’un ingrédient: il dépend aussi de la fabrication, de l’emballage, du transport, de la quantité utilisée et du fait que le produit soit effectivement terminé. Le solide peut réduire certains emballages, mais il n’a pas de vertu automatique si le produit reste inutilisé ou ne répond pas au besoin.

Choisir moins vite, comprendre davantage

Les labels sont des outils, pas des raccourcis vers la formule parfaite. COSMOS apporte un cadre de certification; ISO 16128 aide à calculer l’origine naturelle selon des règles définies. L’un ne remplace pas l’autre, et aucun ne prédit à lui seul la réaction de votre peau.

Ma prochaine étape, si je devais simplifier la démarche, serait de choisir un seul produit à remplacer et de vérifier trois choses: ce que le label garantit réellement, ce que l’INCI révèle sur la formule et la façon dont le produit fonctionne dans votre routine. Puis j’observerais, sans exiger d’un cosmétique qu’il tienne toutes les promesses imprimées sur son emballage.

La cosmétique durable ne commence pas par une chasse aux ingrédients au nom compliqué. Elle commence quand nous savons distinguer une certification d’un calcul, une origine d’une qualité d’usage, et une allégation d’une preuve. C’est moins vendeur qu’une promesse de pureté. C’est nettement plus utile.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre COSMOS et ISO 16128 ?
COSMOS est un référentiel de certification qui impose des exigences sur les ingrédients et les procédés, alors que l'ISO 16128 est une norme définissant des règles de calcul pour évaluer l'origine naturelle des ingrédients sans certifier le produit.
Un produit certifié bio contient-il 100 % d'ingrédients biologiques ?
Non, la proportion minimale d'ingrédients biologiques dans un produit certifié est souvent d'environ 20 %, car certains composants comme l'eau ou les minéraux ne peuvent pas être comptabilisés comme des ingrédients agricoles biologiques.
Que signifie la mention dérivé naturel selon la norme ISO 16128 ?
Cette mention indique qu'un ingrédient contient plus de 50 % de matières premières d'origine naturelle, mais cela ne garantit pas que l'ingrédient est biologique ou totalement exempt de transformation.
Comment savoir si une réaction cutanée est normale lors d'un changement de routine ?
Une période d'ajustement peut survenir, mais toute réaction persistante ou marquée ne doit pas être ignorée sous prétexte de transition. Il est conseillé d'interrompre l'usage et de consulter un professionnel de santé en cas de doute.
Pourquoi est-il conseillé de ne changer qu'un seul produit à la fois ?
Remplacer les produits un par un permet d'observer précisément les effets de chaque soin sur votre peau et d'identifier plus facilement le facteur responsable en cas d'inconfort ou d'imperfections.